Le lièvre

Répartition et habitat

repartition et habitat du lièvre

Le lièvre se rencontre partout en Wallonie. Ses habitats préférés sont les mieux ouverts : cultures ou prairies, landes, pelouses et tourbières dégradées. On le trouve aussi en forêt mais ses effectifs y sont pauvres. Le pâturage à une influence favorable sur les populations de Lièvres. Les pâtures broutées leur procureraient constamment de la nourriture fraîche, ce qui n’est pas le cas des prairies de fauche. Les plages de hautes herbes sont propices à la dissimulation des jeunes en bas âge. Son milieu idéal serait constitué d’une alternance de cultures et de prairies ainsi que de petites surfaces boisées. On constate qu'en Pologne les Lièvres sont favorisés dans les habitats où existent d'étroites bandes boisées pourvues d'un abondant couvert herbacé. On souligne également l'importance des lisières forestières pour cet animal et propose même de réaménager les paysages en établissant pareilles bandes boisées ou des bosquets de faible surface. On constate qu'à proximité des massifs forestiers, ces petits îlots boisés (1,5 ha maximum) sont très fréquentés par les Lièvres et jouent un rôle important dans la limitation des dégâts de Lièvres en forêt. Évolution du statut

On peut estimer que l'aire de répartition du Lièvre en Belgique et plus particulièrement en Wallonie ne s'est pas modifiée puisque ces auteurs le signalaient comme une espèce répandue dans tout le pays. Nous n'avons trouvé dans la littérature scientifique belge aucune donnée relative à l'abondance passée ou actuelle du Lièvre mais, de l’avis même des milieux cynégétiques, cette espèce devient de moins en moins abondante. L’exemple de Landenne, petite commune du sillon mosan, est assez révélateur de cette tendance. Voici 15-20 ans, le Lièvre y était très fréquent : je me souviens qu'à l'époque des foins ou de la moisson, mon père rapportait régulièrement des Lièvres tués par les faucheuses. À l'heure actuelle, pour l’ensemble de la commune, il n'y a plus 5 Lièvres pour 100 ha ; c’est une densité très faible si on la compare à la valeur moyenne de 25 lièvres/100 ha donnée pour les Pays-Bas. En Pologne, on estime qu'une densité de 10 à 30 Lièvres/100 ha est insuffisante !... À Landenne, le milieu n'a pourtant pas changé de manière significative depuis quinze ans. Le paysage est encore varié malgré la disparition de quelques haies ou bosquets, de quelques pâtures et de l'un ou l'autre chemin creux ; la faune y est assez riche. Qu’en est-il au niveau de la chasse ?

La loi de 1882 sur la chasse range le Lièvre, les lapins et les lapins nains parmi les autres « petits gibiers ». Annuellement, un arrêté ministériel détermine les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse. Elle est généralement permise du 15 octobre au 31 décembre. Facteurs de risque

La raréfaction du Lièvre est un phénomène remarqué par maints auteurs dans différents pays d'Europe. On constate le fait en Russie et on l'attribue à l'accroissement du nombre de chasseurs, à la mécanisation agricole et à la dégradation des paysages ruraux : emploi de pesticides et d’engrais minéraux, banalisation des milieux. En Suède, on estime que les mêmes facteurs agissent et signale en outre l'influence défavorable de l'intensification du trafic routier. On rapporte que le Lièvre diminue aussi en Suisse, au Danemark et en Allemagne de l'Est. En revanche. On constate en Allemagne de l'Ouest une relative stabilité, voire une légère augmentation du nombre de Lièvres abattus chaque année. Mais est-ce le signe d'une réelle stabilité des populations ou la conséquence d'un accroissement de la pression de chasse ? Ces facteurs n'agissent sans doute pas avec la même intensité partout, mais se conjuguent certainement ; toutefois, pour plus de clarté, nous les envisagerons les uns après les autres. Le trafic routier

Au même titre que le Hérisson, le Lièvre est très fréquemment victime de la circulation automobile. En Rhénanie-Westphalie, on estime le nombre de Lièvres tués de la sorte à 10,5 % de celui des victimes de la chasse. Cette valeur serait de 4,7% en Rhénanie-Palatinat et correspondrait en moyenne à 70 % des cas de mortalité observés en dehors de la chasse. La zone affectée par le trafic aurait, une largeur de 400 m de part et d'autre des axes routiers. Les pesticides

Le Lièvre s'est avéré particulièrement sensible à différents produits herbicides ou insecticides. On rapporte des cas de mortalité massive de Lièvres dans certaines cultures traitées au paraquat ou au dinitroorthocré- sol. Il faut souligner la particulière nocivité de ces produits pour le Lièvre. Actuellement, l'emploi des colorants nitrés est interdit en Belgique mais le paraquat, commercialisé sous le nom de gramoxone, est encore très largement utilisé pour le désherbage des céréales et des luzernières. Il a été mis en évidence la présence de DDT et de ses métabolites chez tous les Lièvres qu'ils ont étudiés. Les taux de contamination observés sont faibles. Cela ne signifie nullement qu'ils soient sans risque : on a constaté que ces toxiques franchissaient la barrière placentaire et s'accumulaient au niveau du foetus. On peut conclure de ses expériences qu'une légère intoxication chronique au DDT mène à l’affaiblissement de la résistance aux maladies et porte sérieusement atteinte au potentiel reproductif. Les chercheurs qui ont analysé les effets des organo- phosphorés arrivent aux mêmes conclusions. Le rôle de ces substances dans la raréfaction des Lièvres est loin d'être négligeable si l'on songe qu'en Pologne, on estime que chaque année, au moins 56 % des adultes et 20 % des jeunes Lièvres sont exposés aux traitements agrochimiques... De surcroît, on peut se demander si l'élimination chimique des adventices des cultures ne prive pas les levrauts d'une nourriture intéressante pour eux et si le nettoyage chimique du bord des chemins n'élimine pas des ressources alimentaires dont les Lièvres ont besoin en dehors de la période de végétation, quand les récoltes sont terminées. Les machines agricoles

Contrairement à ce qui se passe chez la plupart des petits mammifères terrestres ( comme le hamster ), les jeunes Lièvres ne sont pas mis au monde dans un nid mais dans une petite dépression du sol ou au milieu d'une zone à végétation dense où ils n'ont aucune peine à se dissimuler. La hase vient les y allaiter une fois par jour jusqu’au moment où ils seront sevrés (en moyenne à l'âge de 30 jours) et se disperseront. Toute opération qui a pour effet de perturber cette petite zone où se tapissent les levrauts entraînera immanquablement leur destruction. On n'aura dès lors aucune peine à comprendre que les travaux des champs réalisés à l'aide de machines de plus en plus sophistiquées soient une des causes principales de mortalité juvénile. Les pertes annuelles sont estimées à environ 0,2 ind./ha, soit à 15% des jeunes levrauts); à 0,4 ind./ha, soit à 30 % des jeunes. De l'avis de tous les auteurs, les cultures les plus dangereuses pour les Lièvres sont les céréales et les fourrages verts : seigle, foin et surtout luzerne. La modification des paysages agricoles

L'arasement des haies et talus, l'augmentation de la taille des parcelles, la simplification des assolements, en un mot la disparition de la variété des paysages agricoles, ont des effets négatifs sur les populations de lièvres. Bien qu’on ne trouve aucune différence significative entre les densités de Lièvres observées d'une part sur des grandes exploitations et d'autre part sur des exploitations à petite échelle, on met tout de même en évidence des valeurs significativement moindres dans les fermes d'état qui ont un type de production plus intensif que les coopératives, et où mécanisation et emploi des pesticides sont nettement plus poussés que dans ces dernières. Il y a un effet néfaste de la banalisation du milieu rural. Les petits bosquets et les ceintures boisées de faible étendue exercent une attraction particulière sur les Lièvres : ils y trouvent de bons abris, voire de la nourriture, et les jeunes qui y naissent sont à l'abri des travaux agricoles.

Avec l'aimable collaboration de Benoît et Virginie