Le lièvre et sa gestion

La gestion cynégétique

Le lièvre

L’importance du Lièvre en tant que gibier n'échappe à personne. Son intérêt ne réside cependant pas seulement dans la qualité de sa chair mais aussi dans le fait qu'il se nourrit de parties de végétaux inutilisées par l'homme de façon directe. De fortes densités de Lièvres ne réduisent de ce fait pas la productivité des cultures. L'influence de la chasse sur les populations de Lièvres a été peu étudiée jusqu'à présent ou de façon peu convaincante. On ne peut dire que la chasse n'affecte pas les caractéristiques démographiques tandis, elle accélère le renouvellement des populations (turn-over). On sait par ailleurs que la chasse «en chaudrons » est plus efficace que la battue, que cette dernière aurait un effet sélectif sur les populations, amenant des pertes plus élevées chez les jeunes et que la chasse à poste fixe serait plus dommageable aux hases. Malgré une production de 7-8 jeunes/femelle/an, l’accroissement réel ne dépasserait jamais 2-3 jeunes/an. Il n'autorise donc pas des prélèvements très élevés. Les populations peuvent supporter sans mal un prélèvement automnal de 30 % des individus présents. Le Lièvre peut donc s'avérer très sensible à une pression de chasse démesurée : peu de chasseurs n'abattent qu'un Lièvre sur deux ou sur trois ! C'est ce qui explique qu’à Landenne comme sans doute dans bien d'autres communes cet animal soit devenu si rare... Jadis, les chasses étaient, à Landenne, judicieusement divisées en deux : une zone où les Lièvres étaient tirés, une autre où ils ne l'étaient pas mais, depuis plusieurs années, aucune réserve n'est plus ménagée et les effectifs de Lièvres ont considérablement régressé. Un palliatif de plus en plus souvent utilisé par les chasseurs pour restaurer des effectifs qu'ils contribuent à affaiblir consiste à importer des animaux dits de repeuplement. Le phénomène prend des proportions inquiétantes puisque la France importe annuellement près de 200.000 lièvres originaires des pays d'Europe centrale et orientale. Plusieurs raisons nous amènent à rejeter cette pseudosolution: — Sur le plan biologique, nous ne pouvons admettre de voir perturber le patrimoine génétique des populations autochtones de Lièvres par des individus appartenant à d'autres populations et caractérisés par un autre patrimoine génétique (fréquence de gènes différente); — Nous ne pouvons pas plus accepter les dangers de l'introduction éventuelle de maladies ou de parasites via ces animaux importés. De nombreux Lièvres étrangers chez qui il a été constaté une polyparasitose massive (coccidiose, trichostrongylose, strongylose pulmonaire, trichiurose, distomatose...) Des coccidies inconnues en Suisse y ont été introduites par des Lièvres importés et la tularémie a fait son apparition en Belgique, France, Suisse et Italie juste après les premières importations de Lièvres ; — Du point de vue de la gestion cynégétique, il faut savoir que ces opérations de repeuplement n'ont jamais donné de résultats satisfaisants . On observe un déchet immédiat de 50-65 % parmi les animaux importés et estime que dans les semaines qui suivent le lâcher, 50 à 85 % des survivants tombent sous les fusils des chasseurs, sous la dent des prédateurs ou sous la roue des voitures. Il conclut que « ces animaux chaque année importés et relâchés au titre de gibier de repeuplement ne sont en définitive que de simples Lièvres de tir et rien d'autre ». Les raisons de l'échec du « repeuplement» sont multiples : — Les Lièvres sont malmenés, stressés lors de leur capture et des nombreuses manipulations qu'ils doivent subir : encagés, transportés dans des boîtes exiguës où ils ne peuvent satisfaire tous leurs besoins (caecotrophie, notamment), ils refusent de s'alimenter, se blessent et finissent par arriver à destination dans un état sanitaire déplorable ; — Sur les lieux de lâcher, ils sont confrontés à des conditions écoclimatiques différentes de celles qu'ils connaissaient dans leur pays d'origine et éprouvent d’énormes difficultés d'adaptation ; Ils n’ont aucune connaissance de la topographie de leur nouvel habitat, et surtout de la situation et de la répartition des sources de nourriture. Ils sont donc des proies faciles pour n’importe quel prédateur. Nous ne pensons pas que de meilleurs résultats doivent être attendus à partir de lâchers d’animaux élevés en captivité. L’élevage de Lièvres n’est d’ailleurs pas aussi productif qu’on le souhaiterait : la mortalité juvénile est très élevée et le taux d’infécondité des femelles étonnamment haut. La production massive de Lièvres d’élevage restant pleine d’aléas, l’élevage n’est pas en mesure d’assurer l’approvisionnement des chasses en gibier de « repeuplement ». Mais ne nous voilons pas la face : peu importe aux chasseurs que les Lièvres relâchés s'adaptent ou pas. Ce qui les intéresse est d'ajouter quelques cadavres à leur tableau de chasse annuel : si tel n'était pas le cas, pourquoi ce gibier de « repeuplement » serait-il relâché avant les battues ? Autres facteurs anthropiques

La pollution par les poussières et par le dioxyde de soufre augmenterait la mortalité juvénile chez le Lièvre. Les habitudes de certains agriculteurs qui fauchent leurs champs suivant la méthode des cercles concentriques, interdisant ainsi au gibier toute tentative de fuite. De surcroît l'incendie des pailles après la moisson, pratique encore largement répandue en France, est néfaste tant pour les Lièvres que d'un point de vue strictement agronomique. Enfin, on s’est interrogé sur l'influence des chats et des chiens errants. D’après les analyses, le régime alimentaire de ces animaux comprendrait peu de Lièvres. On a toutefois remarqué que les dérangements provoqués par les chiens (poursuites infructueuses) entraînaient des perturbations déterminant une chute du taux de reproduction des Lièvres. Facteurs naturels Outre les facteurs anthropiques, nous devons considérer une série de facteurs qui en certaines circonstances peuvent s'avérer responsables d’une diminution parfois importante des populations de Lièvres. Toutefois, nous tenons à souligner qu'en dehors de toute influence humaine, ils ne provoquaient que des fluctuations de populations autour d'une moyenne globalement stable. Tous les facteurs favorisant la dégradation des conditions de vie du Lièvre ou la fragilisation des individus peuvent se révéler propices à une augmentation anormale de la mortalité imputable à ces causes naturelles. Elles agissent donc en ultime ressort, mais ne peuvent être considérées comme raison principale. Il est évident que des individus affaiblis succomberont plus facilement aux nombreuses affections bactériennes (pseudotuberculose, infections staphylococciques...) ou parasitaires (coccidiose, trichostrongylose, distomatose...) auxquelles le Lièvre est très sensible. La coccidiose ferait d'énormes ravages parmi les jeunes puisqu'elle occasionnerait 73 % des décès observés chez des levrauts âgés de moins de 4 mois. La Tularémie : C’est une infection bactérienne causée par Francisella tularensis. Il est le plus couramment trouvé chez les animaux sauvages comme les lapins, les lièvres et autres rongeurs. L'infection chez les personnes et les animaux ne peut causer aucun signe, ou un signe grippal, une diarrhée ou d’une pneumonie. Les bactéries elles-mêmes sont très infectieuses (il faut seulement 10-50 bactéries pour infecter une personne). Un seul rapport de suspicion de transmission de F. tularensis d'un hamster de compagnie à un garçon qui a été mordu par son hamster. De mauvaises conditions météorologiques pourraient agir de la même façon. On a observé une augmentation de la mortalité printanière après un hiver très rude. Toutefois les conditions hivernales n'affectent quasiment pas la mortalité. Nous ne pouvons non plus négliger l'influence des prédateurs. Ils chassent le plus souvent selon la loi du moindre effort et sont donc amenés à sélectionner les individus faibles. Une augmentation de la proportion de ces derniers induits selon toute vraisemblance une prédation accrue.

Avec l'aimable collaboration de Benoît et Virginie